Présentation

Nassima HAMIDA (Auteur)
Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), 31000 Oran, Algérie.
Touhami MERZOUGUI (Auteur)
Université de Béchar, 08000 Béchar, Algérie.
11 – 15
Le Sud algérien : mémoire, patrimoine et symbolique
N° 7 — Vol. 4 — 30/06/2026

Présentation

Longtemps appréhendé comme un héritage du passé, le patrimoine culturel est aujourd’hui considéré comme un véritable objet de connaissance. Bien au-delà de la conservation des vestiges matériels ou des traditions héritées, il constitue une mémoire vivante à travers laquelle les sociétés affichent leurs modes de vie, leurs systèmes de représentation, leurs savoir-faire et leurs rapports au territoire. À ce titre, il occupe une place centrale dans les recherches contemporaines en sciences humaines et sociales, où les approches historiques, anthropologiques, archéologiques et philosophiques se rejoignent pour interroger les processus de construction des identités, de transmission des savoirs

C’est dans cette perspective que s’inscrit ce numéro thématique, consacré au Sud algérien, espace dont la richesse patrimoniale témoigne d’une histoire plurimillénaire. Loin d’être à la marge du territoire national, le Sahara algérien apparaît comme un espace de circulation, de rencontres et d’innovations, où se développent des formes originales d’organisation sociale, de création artistique, d’adaptation environnementale et de production symbolique. Les contributions réunies dans ce dossier proposent ainsi un parcours à travers différentes expressions – matériel et immatériel – qui, malgré la diversité de leurs objets d’étude, convergent vers la même interrogation : comment la mémoire, les pratiques culturelles et les systèmes symboliques participent-ils à la construction de l’identité des sociétés du Sud algérien ?

Le dossier s’ouvre avec l’article d’Achour Sergma, consacré au rôle de la poésie populaire dans la résistance et la lutte anticoloniale au Sud algérien. À partir d’un riche corpus de textes oraux, l’auteur montre que la poésie populaire constitue bien davantage qu’une simple production littéraire : elle est un véritable lieu de mémoire. Les poètes populaires ont fixé dans leurs vers les traces majeures de la résistance, les noms des combattants, les souffrances des populations et l’espérance à la libération. Par leur force évocatrice et leur transmission de génération en génération, ces textes participent pleinement à la préservation de la mémoire collective et de l’histoire nationale.

La réflexion se poursuit avec la contribution de Rachida Rostane Kalfat, qui propose une lecture originale du Tassili n’Ajjer à travers le concept d’« archéologie du symbolique ». En mobilisant l’anthropologie de l’action et la phénoménologie de l’art, l'auteure invite à dépasser une vision linéaire de l’évolution des formes d’expression. Les images rupestres ne sont plus envisagées en tant que de simples étapes ayant conduit à l’écriture, mais comme l’expression d’une pensée symbolique pleinement constituée. Le Tassili devient ainsi un terrain privilégié pour interroger les origines de la capacité humaine à produire du sens et à représenter le monde.

Cette exploration des premières formes d’expressions culturelles trouve un prolongement dans l’étude de Touhami Merzougui, consacrée au site archéologique de Marhouma, dans la vallée de la Saoura. En croisant les données issues des gravures rupestres et des fouilles archéologiques, l’auteur met en évidence l’importance de ce site dédié à la compréhension des premières manifestations culturelles amazighes en Afrique du Nord. Son analyse rappelle également le rôle stratégique joué par la Saoura comme espace d’échanges entre le Sahara, le Maghreb méditerranéen et l’Afrique subsaharienne.

Par la suite, le patrimoine est abordé sous l’angle des savoir-faire techniques avec l’étude de Touhami Merzougui et Larbi Benlarbi, consacrée au système hydraulique traditionnel de Tighira à Béni Abbès. Fruit de plusieurs années de recherches de terrain, cette contribution met en lumière l’ingéniosité des communautés oasiennes concernant la gestion des ressources hydriques en milieu désertique. Au-delà de la description des infrastructures, les auteurs montrent que ce système repose sur une organisation sociale complexe, fondée sur des règles coutumières et des institutions locales qui ont assuré, durant des siècles, une gestion collective et durable de l’eau. Cette étude souligne ainsi toute l’actualité des savoirs traditionnels face aux défis environnementaux contemporains.

Le numéro se poursuit avec la contribution de Nassima Hamida, qui propose une lecture anthropologique des bijoux traditionnelles dans la région de Tébessa. L’auteure montre que ces bijoux ne peuvent être réduits à leur seule dimension esthétique. Au contraire, ils constituent un véritable langage social, révélateur des statuts, des rapports de genre, des rites de passage et des hiérarchies qui structurent la société locale. L’objet artisanal apparaît dès lors comme un support privilégié de la mémoire culturelle et des représentations collectives.

Ces contributions se rejoignent en mettant en évidence l’idée commune que le patrimoine ne relève pas uniquement du passé ; il demeure un élément actif dans la construction des identités et la transmission des savoirs. La poésie, l’art rupestre, les sites archéologiques, les systèmes hydrauliques ou encore les bijoux traditionnels apparaissent comme autant de formes d’expression à travers lesquelles les sociétés donnent sens à leur vécu, à leur environnement et à leur mémoire. Et au-delà de cette diversité thématique, ce dossier illustre également l’intérêt des approches interdisciplinaires dans l’étude du patrimoine. Les regards croisés de l’histoire, de l’archéologie, de l’anthropologie et de la philosophie montrent combien la compréhension des faits patrimoniaux invite aujourd’hui au dialogue constant entre les disciplines.

Le numéro s’achève par une rubrique Varia, dans laquelle Imad Mahnane propose une étude consacrée à la dynamique de la terminologie mathématique dans la Muqaddima d’Ibn Khaldûn. En analysant la circulation des concepts entre les sciences mathématiques, les sciences du langage, les sciences religieuses et les sciences occultes, cette contribution met en exergue la richesse des classifications du savoir élaborées par Ibn Khaldûn et ouvre des perspectives pour l’histoire des sciences et de la pensée dans le monde arabo-musulman.

Par la diversité des terrains explorés, des périodes étudiées et des approches mobilisées, ce numéro entend contribuer au renouvellement des recherches consacrées au patrimoine culturel algérien. Il invite également à considérer le Sud algérien comme un espace important de production culturelle et de mémoire, dont les héritages matériels et immatériels offrent encore de nombreuses pistes de réflexion. En réunissant ces travaux, ce dossier opte pour le dialogue scientifique autour des enjeux de la mémoire, du patrimoine et de la symbolique, tout en soulignant l’importance de leur préservation, de leur transmission et de leur valorisation dans les recherches futures.

Nassima HAMIDA, Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), 31000 Oran, Algérie.

Touhami MERZOUGUI, Université de Béchar, 08000 Béchar, Algérie.

 

 

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HAMIDA, N. & MERZOUGUI, T. (2026). Présentation. Turath - Algerian Journal of Cultural Anthropology, 4(7), 11–15. https://turath.crasc.dz/en/article/-7presentation