Présentation

Ouiza GALLEZE (Auteur)
Experte accréditée auprès de l'UNESCO/(CNRPAH).
Mohamed HIRRECHE BAGHDAD (Auteur)
Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC).
7 – 10
Patrimoine culturel immatériel dans le Monde Arabe: approches et exemples (20 ans après la Convention de l'UNESCO 2003)
N° 03 — Vol. 02 — 30/06/2024

La Convention de l'UNESCO de 2003 sur le patrimoine culturel immatériel répond à la nécessité de connaître les pratiques actuelles, leur évolution au fil du temps et de valoriser les œuvres de nos ancêtres. En conséquence, les nations se sont empressées de répertorier leurs savoirs et pratiques en formant des experts en techniques d'inventaire, de classification et d'enregistrement du patrimoine. Cette Convention est survenue plus de 30 ans après la Convention de la protection du patrimoine culturel et naturel qui se concentrait sur les monuments physiques, sans prêter attention aux savoirs traditionnels des individus. L'Algérie fait partie des premiers pays à avoir ratifié la Convention, initiant en 2005 l'inscription de son premier élément de patrimoine immatériel : « l'Ahellil du Gourara », découvert par le chercheur algérien Mouloud Mammeri au début des années 1970 et qui risquait de disparaître, tout comme de nombreuses formes d'expressions, pratiques, célébrations et métiers traditionnels, d’où la nécessité de créer des mécanismes de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

À l'occasion du vingtième anniversaire de la Convention (2003-2023), ce numéro de la revue "TURATH" présente et discute les efforts des pays pour préserver leur patrimoine. Au début de ce numéro, trois textes abordent des questions théoriques liées aux défis de préservation, à la problématique des droits de propriété culturelle et à l'utilisation des médias culturels. Cependant, les autres articles couvrent certains éléments culturels dans les pays arabes et dans divers domaines définis par la Convention, à savoir : les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ; les arts du spectacle ; les pratiques sociales, rituels et événements festifs ; les connaissances et pratiques concernant la nature et l'univers ; et l'artisanat traditionnel. Les textes publiés se composent d’un volet pratique mettant en lumière certaines pratiques sociales patrimoniales liées aux dialectes populaires, à l'utilisation artisanale des feuilles de palmier, aux vêtements traditionnels et à l'artisanat féminin.

Dans l’article de Ouiza GALLEZE, chercheuse au CNRPAH et experte accréditée auprès de l'UNESCO, sur «l'évolution de la Convention de 2003 et les défis de la préservation du patrimoine culturel immatériel chez les Arabes», elle explique que vingt ans après l'adoption de la Convention de 2003, il est temps de réfléchir à ses retombés, notamment en matière de sensibilisation à la diversité et à la richesse du patrimoine et de promotion de la coopération internationale. Après plusieurs phases, la Convention se concentre désormais davantage sur la diversité culturelle et la reconnaissance des droits des communautés sur leur patrimoine, tout en cherchant à intégrer de nouvelles formes de pratiques. Cependant, la participation des pays arabes, bien qu'enthousiaste, reste limitée par rapport au reste du monde et, nécessite des réponses.

Dans cette optique, Mohamed HIRRECHE BAGHDAD, chercheur au CRASC a exploré dans son article intitulé: «Le patrimoine culturel
et intellectuel et la problématique des droits de propriété: concepts
et tendances», les aspects théoriques liés à la propriété intellectuelle, qui est un sujet de conflit entre auteurs et éditeurs. Il a présenté le débat intellectuel et juridique entre les principales tendances (allemande, française et anglo-saxonne) et ses implications sur le monopole, la diffusion du savoir, les droits moraux et économiques, etc. Il a également analysé les évolutions provoquées par la circulation des produits culturels sur les plateformes numériques et le débat actuel sur le droit des peuples à récupérer leur patrimoine spolié durant la colonisation et exposé dans des musées de l’Autre.

Le chercheur Bahaa YASEEN, d'Irak, a traité la question de «l'utilisation des médias vis-à-vis du patrimoine culturel dans le cadre des Conventions internationales approuvées par l'UNESCO et de ses directives exécutives pour le travail des médias», en soulignant la relation entre les institutions internationales visant à sauvegarder le patrimoine et les médias, tant traditionnels que modernes. Il a expliqué comment ces derniers orientent et mobilisent l'opinion publique et exercent une pression sur les élites politiques pour adopter des législations protégeant le patrimoine, tout en montrant les différences d'efficacité et d'impact de chaque média (journaux, stations de radio, télévision, etc.). La révolution technologique a permis au public de contribuer à la production et à la présentation de contenus médiatiques, favorisant ainsi l'adoption de points de vue et d'idées en faveur de la conservation du patrimoine.

L'écrivaine et romancière Amani AL JUNIDI, experte en patrimoine culturel immatériel de l'État de Palestine, a contribué avec un texte sur «le dialecte populaire palestinien», l'un des dialectes du Levant (Shem), qui possède cependant des particularités distinctes des autres dialectes de cette région. La chercheuse a souligné l'importance de l'ouïe dans la perception du son linguistique et de sa prononciation et elle a expliqué que l'apprentissage des dialectes se fait oralement, sachant que le dialecte palestinien varie entre les habitants des villes et des zones bédouines. La musique des lettres et leur intonation audible est un élément révélateur de l'identité du locuteur.

L'enseignante Shaimaa SID IBRAHIM MOHAMED AL SANHOURY, de l'Académie des arts d'Égypte, a participé avec un texte intitulé «Esthétique des costumes traditionnels des femmes bédouines: étude de terrain au centre d'Al-Husseiniya, gouvernorat de Sharqiya», visant à contribuer à l'étude du folklore égyptien en collectant des données (costumes) sur le terrain, puis en les photographiant afin de les analyser. Son étude a révélé que ces costumes ne sont utilisés jusqu'à présent que lors des occasions spéciales, et que leur forme et leur décoration ont beaucoup changé.

La chercheuse Ismahen BEN BARKA, experte tunisienne en patrimoine, a présenté un état des lieux sur «La femme et le patrimoine culturel immatériel en Tunisie : préservation, transmission et promotion nationale et internationale», soulignant le rôle de la femme, en particulier l'artisane, dans la préservation et la transmission du patrimoine car elle est porteuse et praticienne de connaissances, compétences et rituels. Sa participation au développement des dossiers de demande d'inscription des éléments du patrimoine culturel immatériel sur les listes de l'UNESCO est essentielle aux niveaux national et international.

Enfin, la chercheuse Amina ABDULLAH SALEM a abordé dans son article portant sur «L'utilisation de l'art des marionnettes en bois pour imiter les symboles de la culture populaire (modèle de l'Association de formation professionnelle et de production familiale à Zagazig)» les symboles de la culture populaire dans les marionnettes en bois, et le rôle de l'Association de formation professionnelle et celui de la production familiale dans le gouvernorat de Sharqiya, ville de Zagazig, dans l'utilisation de cet art pour revitaliser la culture populaire égyptienne. La chercheuse a employé la méthode descriptive pour diagnostiquer ce phénomène et analyser ses symboles, en utilisant la théorie symbolique pour révéler les significations culturelles et les éléments qui renforcent le sentiment d'appartenance au patrimoine populaire.

En conclusion, les textes publiés ici ne prétendent pas présenter ou analyser toutes les discussions sur le patrimoine culturel immatériel, ni même couvrir tous les éléments culturels du monde arabe ayant bénéficié de la protection ou de l'inscription sur les listes du patrimoine mondial. L'objectif principal était d'ouvrir un débat théorique sur la Convention de 2003 et de présenter des sujets directement liés au terrain après vingt ans de son adoption, en explorant les dimensions et les questions multiples associées à la préservation, la valorisation et la transmission. À travers de nombreuses contributions, il est apparu que le patrimoine a un rôle crucial dans la construction des identités individuelles et collectives, dans le renforcement des liens sociaux et dans le développement économique et touristique des régions. Les articles ont également mis en lumière les défis contemporains (mondialisation, conflits et guerres, changement climatique) et les initiatives visant à mobiliser les communautés locales, à utiliser les technologies modernes et à promouvoir la coopération internationale pour surmonter ces défis. En fin de compte, la préservation du patrimoine culturel ne se limite pas à la protection du passé, mais représente également un investissement dans l'avenir, afin de permettre aux générations futures de profiter de la richesse culturelle et de s'inspirer de la diversité des traditions et des savoirs hérités, reflétant la diversité et l'universalité de l'expérience humaine.

Cite this article

GALLEZE, O. & HIRRECHE BAGHDAD, M. (2024). Présentation. Turath - Algerian Journal of Cultural Anthropology, 02(03), 7–10. https://turath.crasc.dz/en/article/presentation-03